CÉLIB
Coucou, lecteur boudé, c'est bibi. N'ayant plus aucune inspiration pour te divertir, tant mon nouveau statut de Mamy Gaga m'inonde le ciboulot d'une onde de bonheur frisant l'imbécilité, je me vois dans l'obligation de chercher ailleurs de quoi alimenter ton goût pour la nouveauté. J'ai donc décidé de te donner des nouvelles tellement fraîches que personne, sauf toi, lecteur veinard, n'est encore au courant.
A lire dans Le Parisien du 30 janvier prochain : "Après Vélib, après Autolib, voici venu le temps du Célib. Un concept innovant pour faciliter les transports." Amoureux s'entend. Car qui n'a pas souhaité au moins une fois dans sa chienne de vie embarquer pour Cythère en toute simplicité et moyennant un abonnement modique ? C'est maintenant possible, le maire de Paris ayant décidé de faire installer des bornes à Célib tous les cent mètres. Gni? marmonnes-tu, lecteur incrédule.
Le principe est simple. Tu as envie de te payer du bon temps avec un inconnu ou, plus vraisemblable, ta moitié est en révision. Tu choisis un modèle à ton goût, parmi ceux présents dans ton secteur. Tu ne peux pas les manquer : chaque Célib est rangé dans sa guérite chauffée au feu de bois et peinte aux couleurs de la France. C'est joli, on dirait un marché de Noël ou l'entrée de l'Elysée, mais en pas pareil (comme disait Charlie qui grogne plus). Bref, tu choisis parmi les modèles qui restent (tu peux en prendre plusieurs à la fois, alors qu'un vélib, non) mais seulement après avoir donné tes infos bancaires et ta carte vitale, des fois que tu serais dans le rouge, dans les gonocoques ou dans le muguet.
Petite précision : le Célib est équipé d'un bracelet électronique, avec gps et émetteur-récepteur, pour le cas où tu voudrais lui faire du mal. Le Célib est vêtu d'une combinaison gris métallisé, jantes alu, toit ouvrant et boîte automatique. Un kit de rechange comprenant un costume de Batman ou de Supergirl est prévu, pour le cas où tu souhaiterais que tes voisins restent dans l'ignorance de ton recours à ce subterfuge, somme toute bien véniel, pour meubler tes longues soirées d'esseulé de la mort ou de partouzard pantouflard.
N'oublie pas que le Célib est doté de la parole, comme toi et moi, et qu'un peu d'urbanité à son endroit est toujours bien vue. En revanche, il est déconseillé d'en tomber amoureux, de lui faire un gosse ou de prendre sa place au nom d'un je ne sais quel goût pour les jeux de rôle ou pire, en vertu d'un altruisme ridicule. Tu me diras, lecteur fin, que c'est de la prostitution déguisée. Et alors ? On projette bien de voter une loi pour créer des emplois d'assistant sexuel à l'usage des handicapés à roulettes (aveugles, sourds et muets, passez votre chemin).
Trois dépêches AFP viennent de tomber : les chiffres du chômage ont chu de façon brutale. Selon Pôle Emploi, il n'y aurait même plus de chômeurs, à l'exception du personnel de l'ex-ANPE. Simultanément, les dossiers de divorce seraient en chute libre, selon le Bâtonnier du Barreau de Paris. On aurait aperçu le Secrétaire d'Etat au Logement au bras d'un Célib. Après vérification, il s'agissait en réalité de la Ministre de la Santé qui se rendait à un bal masqué.
Les Célib hors service se retrouveront mercredi 12 février à 9 heures tapantes au siège de l'Unedic pour un crashtest suivi d'un stage de réparation.
Enfin, un Célib de toute beauté et polyglotte sera offert aux dix premiers qui trouveront la réponse à ces 2 questions : Monsieur et Madame Depieds ont un fils. Quel est son prénom? Idem pour M. et Mme Et.
Sur ce, je te laisse, ami lecteur, faut que je repasse ma combi de WonderWoman. Je bosse ce soir.
MAMY BLUE
C'est affreux, ignoble, odieux, scandaleux, monstrueux et même terrible. Personne, je dis bien, personne, ne se demande si la future grand-mère va bien. Comme si ça n'était pas important, comme si ça allait de soi. Crois-tu, lecteur chéri, que cela me fasse plaisir, cette indifférence grandissante de ta part ? Est-ce que je ne nourris pas régulièrement ce blog à seule fin de distraire ta morne existence? Si, si, et si, je le fais.
Car même si la régularité suit le tempo variable que ma muse impose, même s'il y a des silences, sache bien, lecteur chéri, qu'il n'y a pas de blancs entre nous. Et souviens-toi, lecteur aussi ignare qu'ingrat, que pour réussir ses sonates, Beethoven s'est muré dans le silence. Non parce qu'il était légèrement dur de la feuille, mais parce que sans silence, les notes, c'est que du bruit. Non pas que je me prenne pour le Beethoven de la blogosphère, lecteur moqueur, mais j'aime bien t'expliquer. Pourquoi crois-tu que chaque silence ait son symbole? Pause, demi-pause, quart-de-silence, demi-silence et silence , j'en passe : tu connais forcément, si tu as fait un peu de solfège dans ton jeune temps, lecteur chou. Pourquoi crois-tu que Ludwig en ait mis plein ses portées (pas de chiots, vilain)? Parce que sinon c'est la cacophonie, c'est simple pourtant, on vous l'a dit et répété. Alors qu'ici, ce qu'on veut, c'est l'harmonie. Vois ce blog comme une immense partition de musique, ses billets comme des notes, ponctuées de silences, et ouis l'harmonie, oui, ouis-la, enfin quoi.
Bref, me voilà obligée de me justifier, alors que c'est pas toi qui vas être mémé, c'est bibi. Et crois-moi, ce n'est pas du tout cuit. Enfin quoi, cet enfant va naître incessamment, et je ne suis même pas rasée. Ni coiffée. Juste pédicurée, ce qui lui fera une belle jambe. Il n'est pas question qu'à notre première entrevue, ce nain me confonde avec Chabal, encore moins avec Canteloup. Encore que comme ce dernier, j'ai l'intention de lui faire une petite imitation de ses biomanes, juste pour qu'il situe mieux son environnement immédiat.
On m'a demandé récemment (traduire : on m'harcelée depuis des mois) pour savoir comment je souhaitais que la petite chose rose et édentée me nomme, moi sa mère-grand. Ce qui en dit long sur l'état mental de sa pauvre génitrice, qui croit que le petit paquet péteur va nous causer direct dans la langue de Molière dès la maternité. Pourquoi pas en ingliche, pendant qu'on y est ?
Je lance donc sur l'heure un grand concours : trouve de quel doux nom l'enfant à naître de Titcheur m'appellera, et je t'offre un voyage autour de la Terre (j'ai pas dit autour du monde): tu seras donc satellisé et en orbite, autour de la Terre. Mais naaan, je plaisante. Si tu me dégottes un joli blase, tu gagneras une photo dédicacée de la mère, du bébé et de la mémé. Voilà, c'est dit. Topons là.
NB : les "'Monsieur", "Madame", "Mémère", "Mémé"', "Bonne-Maman" ou l'inévitable et consternant de banalité "Mamie" ne sont pas admis.
C'est à toi !
(Sinon, elle va me siffler, la petite créature)
Grands d'Espagne
Les Espagnols sont sourds. J'en veux pour preuve les mégaphones greffés aux cordes vocales de gamins minuscules, soit un choeur de l'Armée Rouge par personne. Sous nos balcons vacanciers, un petit garçon de 4 ans, rachitique comme tout, joue en babillant. Sauf que son babil n'a rien de doux et qu'on se croirait à Paris, un dimanche à 7h du matin quand ma gardienne Mme Da Silva fait résonner son tonitruant bonjour à un leve-tôt et réveille sans vergogne toute la rue. Si les Portugais ont fait jadis sécession et renié l'ibère terre, ils conservent en souvenir de leurs frères péninsuliques une pilosité délirante et un organe vocal totalement inadapté pour la berceuse, sauf aux durs de la feuille, qu'ils sont devenus, par le fait même.
Les Espagnols n'adoucissent pas les moeurs. Prenons un musicien allemand tourmenté. Appelons-le Ludwig et donnons-lui à entendre dès le matin du fado, des castagnettes et les potins de sa bonne espagnole. Aussitôt, Lulu ferme son pavillon, quitte Leipzig en enfilant son boléro de la main gauche avec laquelle il griffonne une lettre à Elise -en fait Theresa- affectueusement signée "ta grosse Bebeeth", avant de faire craquer la 5è de sa Chrysler "D dur Kochel 25", révisée de frais par son pote garagiste Herbert Von. Moralité : quand l'ibère est précoce, le teuton se durcit.
Sur ce, fidèle lecteur, je te prie de me laisser finir mon pastaga en paix et en Espagne, beau pays qui fit sous Luis quand les hordes armoricaines l'envahirent et violèrent tous les chiens errants, laissant à la postérité une race de coureurs, infatigables et poilus, qui traquent encore aujourd'hui l'albinos dans les huertas giboyeuses et font les maîtres-chiens pour sourds-muets en un croisement qui honore la mixité canine : l'espagnol breton.
MINE D'OR
Cher Lecteur Abandonné, avé ! Ne me dis pas que tu n'as rien de mieux à faire que de me lire, je te croirais, tant j'aime le cirage de pompes. En attendant un retour de prose éventuel, régale-toi avec ça :
Marie Breucq, amie artiste dont je t'ai déjà brossé le portrait ici et là, croque les canassons de toute robe - sans parler des ânes, boeufs, bébés et autres félins et canins- avec un panache sidérant qui lui vaut d'exposer ses oeuvres aux Haras de Cluny et de remporter le 1er Prix de Saumur-en-Auxois.
Capable de donner vie à une bûche d'un coup de fusain, Marie vient d'illustrer des livres de recettes qu'elle propose à la vente par le biais d'une spirituelle petite annonce. Je te la livre ci-dessous et sans ambages, à toi, lecteur esthète de lard qui aime saliver tout en te rinçant l'oeil. Si tu es boucher chevalin, passe ton chemin.
Tu peux aussi lui commander le portrait de ta bête de compagnie à poils durs- mari ou femme- contre l'envoi d'une photo, d'un baril d'avoine pour son Loulou et de picaillons, car le génie ne doit jamais rester sur sa faim.
01 JUIN 2011
Cuisine ...
"De tous les Arts, l'Art culinaire est celui qui nourrit le mieux son homme" Pierre Dac
J'ai illustré ceux ci : plus de 110 dessins par livre (j'ai présenté quelques petits dessins dans des articles précédents), mais je rassure mes amis : les recettes ne sont pas de moi ...
Si vous les commandez sur mon blog à "contacter l'auteur" vous aurez une petite dédicace personnelle avec petit dessin inédit (!).
Il vous en coûtera une bouchée de pain : le prix librairie c'est à dire 14,50€ le livre
+ frais d'envoi = environ 5€ pour un livre en courrier suivi (ce tarif postal impitoyable vous contraindra, hélas, à supprimer le beurre dans vos épinards ...).

Annonces Classées
Un chouette de cadeau pour toi, lecteur préféré, et chapeau bas à l'auteur inspiré (qui n'est pas moi) mais lui ! Va voir son blog et régale-toi. Ne me remercie pas (même si j'en ai bavé pour copier ses annonces sur LeBonCoin.fr qui voulaient pas l'être), c'est un plaisir, mâtiné de jalousie certes, mais un plaisir quand même.
MAGNIFIQUE FAUTEUIL SCANDINAVE
Fauteuil "Tullsta", mobilier suédois (règne du roi Ikéa 1er, XXème siècle après JC). Il est rouge, moelleux, adapté à toutes les fesses. En plus il est déjà monté, vous n'aurez pas à vous battre avec cette maudite clé à six pans et vous faites l'économie des boulettes de renne et du saumon sauce moutarde. Le prix, 35 €, est dérisoire pour un meuble d'époque. Seul inconvénient : vous devrez venir le chercher au 4eme étage sans ascenseur. Mais vous pourrez vous asseoir dedans en arrivant.
Je vends aussi une Megane noire (celle-ci, en revanche, est garée en bas de l'immeuble). Si vous prenez la voiture, je fais le fauteuil à 29,99 €.
Ne vous battez pas.
PERROQUET (MUET)
Ceci est un « perroquet ». Je ne peux pas le vendre plus de 34 €, car malgré toutes mes tentatives, il ne parle pas.
Est-ce à force de se prendre des vestes ou de porter le chapeau pour les autres ? Il demeure obstinément muet. D’un autre côté, une bestiole qui crie « coco » sans arrêt, c’est agaçant. Surtout si l'on est communiste. Bon, les dimensions de l’animal : 188 cm au garrot, 54 cm entre les pattes. Il peut supporter 3 ou 4 manteaux, 2 hauts-de-forme, et une soixantaine de bonnets de bain.
Un bien bel objet.
Il appartient à la Collection Dauteuille.
TABLE DE CAMPING OU RANDO (EN MARBRE)
Si vous avez cédé à la tentation d’acquérir une de ces tables pliantes ingénieusement logées dans une valisette bleue, pour en faire la fidèle compagne de vos repas de campeurs, vous vous êtes fourvoyé. Car ces meubles précaires sont sournois : quand ils ne coincent pas les doigts, ils s’effondrent. Alors votre femme, ébouillantée par une soupe Royco, cesse de camper, pour décamper. Ces choses-là arrivent.
Oubliez ces accessoires désolants et portez votre choix sur ce modèle en marbre et fonte !
Son plateau de 60 cm trouve sa place dans une housse de tente Quechua. Son pied robuste vous servira à enfoncer les sardines les plus récalcitrantes. Son poids respectable la rend insensible aux bourrasques.
C’est du sérieux. Et au retour de vacances sans histoires, vous pourrez même en faire un joli petit guéridon. Le prix, comme le meuble, est rond : 40 € (à débattre)
Elle peut aussi servir d’ombrelle pour haltérophile.
STEPPEUR (ET SANS REPROCHE)
Vous désirez transformer vos membres inférieurs, de qualité standard, en jambes de concours élevées au grain ? Voici l’article ad hoc.
Oubliez la marche en sous-bois. Les sangliers y sont pacifiques, mais leurs poursuivants en treillis cribleront vos mollets galbés, ruinant tous vos efforts esthétiques.
Place au virtuel. Avec ce steppeur « Body Care » (en français « Fais gaffe à ton body »), l’avenir est en marche. Enfilez un collant fuchsia et juchez-vous sur l’engin. Vous voilà parti(e).
Le Stepper BodyCare est surtout un puissant stimulateur de l’imagination. Vous sillonnerez la planète à deux pas de votre sèche-linge. Vous gravirez l’Everest en nuisette. Vous traverserez le Sahara en vous déhanchant comme un chameau (les deux plateaux sont pivotants). De jour comme de nuit, vous marcherez interminablement, car l’objet est robuste. Enfin, quand la pluie émoussera votre militantisme, vous pourrez accompagner chez vous la manif pour les retraites.
L’aventure est là, tendez-lui vos pieds, ainsi que 30€, tarif bénin de cet exaltant voyage.
Je suis prêt à vendre l’objet à deux frères siamois unijambistes, mais je n’accepterai qu’un seul chèque. L’idéal serait qu’ils aient un compte joint.
SCÈNE ALPESTRE À L'ORIENTALE
A première vue, ce bas-relief célèbre l’ivresse des sports d’hiver dans nos montagnes d’Europe, comme le suggère son titre sobre : « Alpes ».
Mais une observation attentive de l’objet nous apprend que l’œuvre est aussi et surtout une pièce rare de l’art oriental. En effet, l’artiste a discrètement apposé sur son verso la mention« Made in China ».
Il est donc probable que cette peinture sur bois est attribuable à un explorateur de l’empire du Milieu, qui, chevauchant à travers la steppe ondulante de la Mongolie, les rocailles caucasiennes et la neutre Helvétie, a fini par atteindre nos alpages savoyards, son chevalet en bandoulière.
Là, prélevant quelques poils lustrés de sa natte pour confectionner un pinceau, ce mandarin opiniâtre s’est mis au travail. Une fois ses croquis réalisés, il a regagné la Chine pour y recopier cela sur du bois, qu’il a laqué comme un canard, sans oublier d’y ajouter le relief (visible sans lunettes 3D).
L'artiste anonyme -appelons-le Ming- a su saisir l’élan du skieur comme le bref haïku sait résumer le grand Tout.
Cette œuvre, pourtant, ne coûte presque Rien. 18 euros, soit 154 yuans : c’est une bouchée de riz pour cette miniature géante (49 X 71 cm ).
Lao-tseu a dit « Plus le sage donne aux autres, plus il possède." Le prix est donc à débattre (de quelques yuans).
LA BOUM
Pour te distraire un peu, lecteur préféré, je m'en vais te narrer une nouvelle anecdote illustrant parfaitement la méchanceté humaine : la mienne et celle des autres.
C'était au temps jadis, je vivais alors dans une charmante petite ville thermale au bord d'un lac saphir serti dans des montagnes roses. C'est tarte sur le papier, mais tu peux vérifier, à certaines heures, le saphir s'éclaircit en azur et se diapre de rose orangé, immobile et onirique, à peine troublé par le sillage des bateaux à aube genre Mississipi qui te servent le fendant entre Evian et Genève.
Un lieu de villégiature romantique à souhait, alliant les charmes de la montagne et de l'eau en bouteille, de l'histoire et de la bonne chère, avec un château dit "de Ripaille", une chapelle au décor baroque foisonnant, ses plages, ses villas de rêve. Bref, une Riviera catholique et savoyarde de bon aloi.
Comment s'énerver en cette ville lacustre de quatre rues piétonnes qui donne l'impression d'être tout le temps en vacances? C'est pourtant possible, il suffit d'acheter une paire de sandales, de la porter 4 jours avant lâchage de brides, de la rapporter au magasin et de demander réparation.
Ce que je fis sans traîner. Après avoir constaté que non vraiment, je ne voyais pas d'autre paire à mon goût, ce qui rendait impossible l'arrangement proposé par le commerçant de changer de modèle, et refusant de poireauter sans tatanes 3 semaines pour qu'il renvoie au fabricant la paire défectueuse en réparation, je lui demandai de me rembourser en toute simplicité et illico.
"Ah non, ce n'est pas possible, Madame". Je réexplique pourquoi c'est la seule solution. "Ah mais j'ai bien compris ce que vous vouliez faire. Vous faire du fric sur mon dos ! Il n'en est pas question. Sortez d'ici !" me glapit-il hargneusement.
Tu sais déjà, lecteur terrifié, qu'il ne faut pas me courir trop longtemps sur le haricot. Que les tsunami, les tornades et autres catastrophes naturelles, c'est rien à côté de mon courroux.
Me faire traiter de voleuse par un voleur, j'avoue avoir presque immédiatement goûté le sel de la situation. Interloquée une nanoseconde, j'ai riposté du lourd. "Quoi ? Moi, je suis un pignouf ?" s'est étranglé le malhonnête. "Un gros pignouf, même" lui éructé-je à la face en me dirigeant vers la sortie.
Nous aurions pu en rester à ces amabilités, somme toute suffisantes pour donner un aperçu assez exact de mon sentiment à l'endroit de ce vieux grigou.
Sauf que ledit pignouf me poursuivait de sa vindicte postillonneuse et qu'il n'était pas question de laisser à ce malandrin le dernier mot.
Un portant plein de grolles sur des étagères s'offrit à moi dans un élan de solidarité face à la connerie humaine. Merci les pompes, je ne le dirai jamais assez. "Tiens, t'auras qu'à tout ranger, ça t'occupera, Dugenou !" lancé-je au vieux, balayant toute retenue et de la main les chaussures sagement rangées sur les étagères. Si tu as vu "La Boum", avec Sophie Marceau, j'ai fait là une citation de la scène fameuse où la grand-mère redécore avec sa canne la parfumerie de la maîtresse du père de sa petite-fille. Tu suis ou bien ?
Arrêté net dans son élan, le pépé ! Surgissant du fond de la boutique se précipite alors le vendeur qui stoppe sa course contre moi, tout contre, épaule contre côtes flottantes, car c'est un rude gaillard d'1m90 et on dirait bien qu'il va me rosser, le bras levé, ici même, sur le trottoir.
"Vous voulez me cogner ? On va appeler les flics, ça va les intéresser !" lui bramais-je pour faire sa pub sur la place publique. Le commissariat n'étant qu'à 50 m, ça l'a calmé. Le gros dur a ramené son bras à la verticale, lentement, comme à regret de me voir partir, ricanante.
Tu te rends compte, saint lecteur, comme c'est dur de refuser Satan et toutes ses pompes ?
JEU-CONCOURS
Salut, lecteur chou, dis-donc ça fait un bail que tu ne donnes plus de nouvelles. Alors quoi, tu es encore en vacances ou toujours au boulot, pour me délaisser comme ça ? C'est pas très gentil. J'espère que ça roule pour toi. Je ne suis pas rancunière. Et j'aime bien inverser les rôles.
N'ayant rien de sensasse à te narrer aujourd'hui, je te conseille vivement de lire la prose raffinée de Marine qui postule chez Mme Figaro et pourrait bien en devenir prochainement la rédac'chef d'un jour. Un honneur pour ce magazine.
Que Marine gagne ce jeu-concours de blogueuses ne fait pour moi aucun doute. Tu lui rendras donc justice en cliquant dès lundi sur le lien indiqué sur son blog.
Merci d'avance, lecteur nombreux et lettré, pour le cas où les autres votants aient des peaux de saucisson devant les yeux.
e pericoloso...
Ce matin, elle est là, tapie, sournoise, hideuse. Comme chaque matin depuis que la date du départ a été fixée, elle vient de bonne heure et se joue de mes ruses pour la chasser. La peur, oui la peur viscérale m'habite en dépit des assurances du constructeur et du chèque conséquent qui me sera remis, dès que j'aurai fait ce voyage en 1ère classe. La SNCSV m'a choisie, parmi d'autres volontaires, pour tester son nouveau TTGV.
Il n'y a pourtant aucune raison de s'inquiéter, la SNCSV étant à la pointe de la technologie depuis la fin du XXè siècle avec son antique TGV qui reliait Paris à toutes les villes de province et transfrontalières en moins de 2h ou 3h, laissant le temps de dormir, travailler, lire un bon bouquin, regarder un film sur le portable ou écouter de la musique sur mp3. Pas un crash, pas un accident, seulement des retards souvent dus à des incidents sur les rails proprement dits. De la bonne came c'est vrai, mais à ranger au rayon des antiquités.
Demain, je vais me rendre à la gare de Lyon et sa nouvelle "Station Supercontinentale", baptisée ainsi parce qu'avec ce nouveau système de transport, la totalité du continent va bientôt être desservie de l'Atlantique au Pacifique, de la Méditerranée à l'Arctique, réunissant virtuellement l'Eurasie à l'Asie.
Demain, je prendrai place dans un wagon sans fenêtre, sans roues et sans conducteur. Tout est automatisé et il n'y aura pas de personnel contrôlant mon ticket ou me vendant à prix prohibitif des saletés cancérigènes. Du coup, il n'y aura pas de doublevécé. C'est ça qui m'ennuie un peu, qui me courbouillonne la rate, qui me fiche les flopettes quoi. Car même si le trajet dure à peine le temps de s'asseoir - d'ailleurs, y aura t'il des sièges ?- j'ai peur d'avoir peur et d'avoir besoin d'aller aux cagoinces. Et ce n'est pas avec le chèque que, bon.
Et pourquoi n'y a t'il pas de fenêtres? A cause de la vitesse de l'engin, figure-toi, lecteur scié. Prenons un exemple, le mien. Je vais donc partir de Paris pour me rendre à Berlin dans ce voyage quasi inaugural. Le temps du voyage est de 8 minutes. Oué, lecteur ébouriffé, tu ne rêves pas. Si d'aventure tu voulais regarder les paysages forcément variés voire formidables que tu vas traverser, tu serais instantanément dérangé pour le restant de tes jours, tes yeux te tomberaient sur le plastron, parce que 6500 km/h sur terre, c'est pas gérable. Mais comment c'est-y Dieu possible des vitesses pareilles, tu te demandes? C'est pourtant simple, la capsule - c'est comme ça que ça s'appelle" dans laquelle tu prends place, pressurisée à l'oxygène pur, est propulsée sous vide dans un genre de tunnel pour éviter le frottement de l'air qui ferait un bruit inhumain pour tes esgourdes déjà fatiguées par ta vie de nightclubber, mon cher petit lecteur.
Et si tu voulais contrevenir aux ordres antiques de la SNCF -aujourd'hui, 9 avril 2111, Société Nationale des Capsules Sous Vide- et transgresser tous les "e pericoloso sporghersi" et autres "interdit de laisser pendre le bras à la fenêtre", tu reviendrais tête en l'air et manchot plus qu'hier et/ou dans un cercueil.
Si ça se trouve, ils en ont mis des fenêtres, juste pour voir nos réactions. Je vais donc trépasser à très très grande vitesse, moyennant un chèque pour mes ayants-droits.
Je tiens malgré à tout à ce qu'on sache que j'ai beaucoup aimé la science-friction. Ainsi, j'ai toujours regretté que le tunnel sous la Manche n'ait pas été construit dans la mer au lieu d'être enfoui sous le sable. L'Eurostar aurait fourni "Vingt mille merdes sous les lieux" de J. Verne et comporté des hublots pour que l'on puisse admirer les fonds marins peuplés de thons de toute beauté, ceci dit sans méchanceté pour les maquereaux et les morues.
Nécrologie de comptoir
La caisse de sécurité sociale a envoyé à ma mère une lettre dans laquelle elle lui proposait de rencontrer l'un de ses conseillers "afin de préparer ses obsèques". Il s'agirait quand même de mourir au plus vite et cesser de creuser le trou de cette pauvre SS. A bientôt 82 ans, Madame, il n'est que temps de partir et pour vous y pousser aider, nous sommes là pour vous faciliter la tâche. Car vous ne voulez sans doute pas vous l'avouer, mais dites-vous bien que vos enfants ont prévu la fosse commune et une pelletée de chaux, en vilains ingrats qu'ils sont, alors que nous, on vous aime plus que des endives braisées et moins qu'hier. Rendez-vous a été pris, ma mère n'étant pas une dégonflée et souhaitant profiter de l'aubaine pour négocier des prix cassés. Y vont pas être déçus, les comiques, ma mère à moi, c'est Ma Dalton croisée avec Calamity Jane.
Une boutique d'obsèques a effacé ce qui pourtant faisait la différence avec ses concurrents. Sur la porte d'entrée en verre, à côté de la vitrine ornée de stèles miniatures "à mes défunts chéris", "à ma marâtre adorée", "à celle qui a fait divorcer mes parents", "à notre joyeux bouliste manchot", "à notre frère d'armes à gauche", répondant à tous les cas de figure possibles. Sur la porte d'entrée donc, collés en lettres grises "Pompes Ahaut, les obsèques qu'il vous faut", ce qui sonne bien, force est de le reconnaître. Et juste en dessous, une précision d'importance "nous vous accompagnons jusqu'au bout". C'est cette dernière qui vient d'être ôtée. Pourquoi, je te le demande, lecteur inquiet ? Tel un pharaon dans son sarcophage, au fond de sa pyramide, tu pouvais donc te faire enterrer avec du personnel vivant. "Nous vous accompagnons jusqu'au bout". C'était clair et précis. On t'assurait un bout d'éternité entouré d'un aéropage de servants dévolus à veiller sur ta carcasse. Et l'Unédic était jouasse. La reprise était assurée, foin du chomedu, y avait du boulot pour tout le monde. Figure-toi que le lobby de la mort organisée s'est mis en marche funèbre pour interdire ce genre de publicité. Un turnover de personnel trop rapide et une difficulté à faire entrevoir au candidat du poste "technicien stèlaire" un avenir autre que tombal, ténébreux et définitif. En plus, les augmentations, c'est qu'ils les voulaient tout de suite, les coquins. Encore une initiative intelligente tuée dans l'oeuf.
Ma voisine me hèle devant l'immeuble. Elle est amerloque mais sympa. Elle aimerait bien acheter l'appartement qu'elle occupe au 2è. Je me dis que ça fait 30 ans qu'elle aurait pu avoir cette riche idée, étant donné l'actuelle flambée des prix à la capitale. Elle me raconte l'histoire tragique de la propriétaire précédente, la soeur défunte de l'actuel. Vous savez comment elle est morte ? s'enquiert-elle. Accidentellement, je crois, lui réponge. Elle dit oui, mais faut que je vous raconte, c'est affreux mais c'est trop drôle, vous allez voir ! Et de rire tant et plus à l'idée de m'affranchir. Je me demande ce qu'il a pu se passer d'hilarant mais je crois dans l'homme. Eh bien, me dit-elle, entre deux hoquets, elle s'est fait décapiter par une remorque ! C'est horrible, dis-je avec dégoût. Oui, mais (hoquets de rire), je l'avais vue le matin même... elle sortait de chez le coiffeur...
Nous rions de conserve et la brave dame me dit que c'est pas fini. La malheureuse lui avait dit, la veille de son trépas, qu'elle était toute heureuse de son opération de la cataracte des deux yeux et qu'elle y voyait tellement bien dorénavant.
En somme, elle ne s'est pas vue partir et elle est morte en beauté.
PS : tout est véridique.
tics de langage
Tu auras remarqué, lecteur fin, comment les générations s'approprient certains mots de notre belle langue de Molière jusqu'à en faire un usage immodéré frisant le grotesque ou à en élargir le sens de façon éhontée. Ou encore des expressions dont la récurrence est rapidement pénible.
Ainsi, les années 80 virent fleurir à tout bout de champ des "j'veux dire" qui voulaient justement rien dire. Mon Dartagnan en est friand à un point frisant l'absurde. Qu'est ce que tu veux dire, mon grand ? Parle, accouche, viens en au fait fissa, foin de tournage autour du pot, quoi ! Si je m'énerve, ça lui coupe la chique et là, c'est le drame, il sait plus ce qu'il voulait dire. Un comble !
Il y a aussi "c'est énorme" pour dire que "c'est génial" (tellement galvaudé qu'il fallait bien trouver autre chose). Pire encore "elle est énorme, comme actrice" pour définir une prestation scénique ou filmesque de première bourre, par exemple chez Natalie Portman, anorexique oscarisée, ce qui prouve qu'il ne s'agit point de signaler un excès de poids.
On a eu les horripilants "tout à fait", pas encore tout à fait disparus chez les primates de la sémantique.
"C'est clair", au moins aussi éprouvant, fleurit encore sur les bouches trentenaires et m'assombrit l'humeur.
J'en oublie sans doute, mais il y en a un, tout petit, bien anodin et dont l'abus commence à me courir sur le haricot sévère. Pour signifier "toutefois" ou "mais" , je te le donne en mille, lecteur moderne, et c'est sans apprêt que je te le livre.
Après, si t'es pas content, t'as qu'à être aware comme Jean-Claude VanDamme :"A l'an 3000 les gens vont se parler avec...les yeux, des ondes. Ne me prend pas pour un fou , les baleines le font, les dauphins aussi. Ce sont des animaux très intelligents dans la mer. Nous on vit dans la terre. Et eux se communiquent, vu qu'ils ne savent pas parler dans l'eau, ils sont forcés d'utiliser des ondes, des ondes de love ou de hate et la communication se fait comme ça."
ça l'fait, non ?



