JEU-CONCOURS
Salut, lecteur chou, dis-donc ça fait un bail que tu ne donnes plus de nouvelles. Alors quoi, tu es encore en vacances ou toujours au boulot, pour me délaisser comme ça ? C'est pas très gentil. J'espère que ça roule pour toi. Je ne suis pas rancunière. Et j'aime bien inverser les rôles.
N'ayant rien de sensasse à te narrer aujourd'hui, je te conseille vivement de lire la prose raffinée de Marine qui postule chez Mme Figaro et pourrait bien en devenir prochainement la rédac'chef d'un jour. Un honneur pour ce magazine.
Que Marine gagne ce jeu-concours de blogueuses ne fait pour moi aucun doute. Tu lui rendras donc justice en cliquant dès lundi sur le lien indiqué sur son blog.
Merci d'avance, lecteur nombreux et lettré, pour le cas où les autres votants aient des peaux de saucisson devant les yeux.
e pericoloso...
Ce matin, elle est là, tapie, sournoise, hideuse. Comme chaque matin depuis que la date du départ a été fixée, elle vient de bonne heure et se joue de mes ruses pour la chasser. La peur, oui la peur viscérale m'habite en dépit des assurances du constructeur et du chèque conséquent qui me sera remis, dès que j'aurai fait ce voyage en 1ère classe. La SNCSV m'a choisie, parmi d'autres volontaires, pour tester son nouveau TTGV.
Il n'y a pourtant aucune raison de s'inquiéter, la SNCSV étant à la pointe de la technologie depuis la fin du XXè siècle avec son antique TGV qui reliait Paris à toutes les villes de province et transfrontalières en moins de 2h ou 3h, laissant le temps de dormir, travailler, lire un bon bouquin, regarder un film sur le portable ou écouter de la musique sur mp3. Pas un crash, pas un accident, seulement des retards souvent dus à des incidents sur les rails proprement dits. De la bonne came c'est vrai, mais à ranger au rayon des antiquités.
Demain, je vais me rendre à la gare de Lyon et sa nouvelle "Station Supercontinentale", baptisée ainsi parce qu'avec ce nouveau système de transport, la totalité du continent va bientôt être desservie de l'Atlantique au Pacifique, de la Méditerranée à l'Arctique, réunissant virtuellement l'Eurasie à l'Asie.
Demain, je prendrai place dans un wagon sans fenêtre, sans roues et sans conducteur. Tout est automatisé et il n'y aura pas de personnel contrôlant mon ticket ou me vendant à prix prohibitif des saletés cancérigènes. Du coup, il n'y aura pas de doublevécé. C'est ça qui m'ennuie un peu, qui me courbouillonne la rate, qui me fiche les flopettes quoi. Car même si le trajet dure à peine le temps de s'asseoir - d'ailleurs, y aura t'il des sièges ?- j'ai peur d'avoir peur et d'avoir besoin d'aller aux cagoinces. Et ce n'est pas avec le chèque que, bon.
Et pourquoi n'y a t'il pas de fenêtres? A cause de la vitesse de l'engin, figure-toi, lecteur scié. Prenons un exemple, le mien. Je vais donc partir de Paris pour me rendre à Berlin dans ce voyage quasi inaugural. Le temps du voyage est de 8 minutes. Oué, lecteur ébouriffé, tu ne rêves pas. Si d'aventure tu voulais regarder les paysages forcément variés voire formidables que tu vas traverser, tu serais instantanément dérangé pour le restant de tes jours, tes yeux te tomberaient sur le plastron, parce que 6500 km/h sur terre, c'est pas gérable. Mais comment c'est-y Dieu possible des vitesses pareilles, tu te demandes? C'est pourtant simple, la capsule - c'est comme ça que ça s'appelle" dans laquelle tu prends place, pressurisée à l'oxygène pur, est propulsée sous vide dans un genre de tunnel pour éviter le frottement de l'air qui ferait un bruit inhumain pour tes esgourdes déjà fatiguées par ta vie de nightclubber, mon cher petit lecteur.
Et si tu voulais contrevenir aux ordres antiques de la SNCF -aujourd'hui, 9 avril 2111, Société Nationale des Capsules Sous Vide- et transgresser tous les "e pericoloso sporghersi" et autres "interdit de laisser pendre le bras à la fenêtre", tu reviendrais tête en l'air et manchot plus qu'hier et/ou dans un cercueil.
Si ça se trouve, ils en ont mis des fenêtres, juste pour voir nos réactions. Je vais donc trépasser à très très grande vitesse, moyennant un chèque pour mes ayants-droits.
Je tiens malgré à tout à ce qu'on sache que j'ai beaucoup aimé la science-friction. Ainsi, j'ai toujours regretté que le tunnel sous la Manche n'ait pas été construit dans la mer au lieu d'être enfoui sous le sable. L'Eurostar aurait fourni "Vingt mille merdes sous les lieux" de J. Verne et comporté des hublots pour que l'on puisse admirer les fonds marins peuplés de thons de toute beauté, ceci dit sans méchanceté pour les maquereaux et les morues.
des nouvelles de Robert
Il faut aimer l'art abstrait et l'art culinaire pour être cancéreux. C’est pas donné à tout le monde. Voilà le pitch : « Madame, vot’nichon, il est tout pourri et va falloir tout couper. (Rires.) Mais vous inquiétez pas, on va vous en faire un chouette de robert, ma p’tite dame. Votre muscle dans le dos là, sous l’omoplate, ça va faire comme un gros bifsteck, on vous le retourne et on vous le recout à la place de votre ancienne glande mammaire – ou mon père ».
Le Dr. Maboul trouve ça très réussi. Il doit aimer Picasso ou Braque, période cubisme analytique. J’aurais dû me méfier quand il m’avait dit pour couper court : « De toutes façons, Madame, le sein ne fait pas partie du corps humain »(sic). "Et vous Docteur, ce que vous avez entre les jambes, ça en fait partie, du corps humain ?" m'étais-je enquise fort civilement, une paire de ciseaux à la main.
C'était les nouvelles d'il y a 3 ans. Aujourd'hui, j'ai la joie insigne, lecteur chéri, de t'annoncer que la seconde opération de fin janvier -purement esthétique- est un succès. D'abord, j'ai une prothèse conforme -l'ancienne était sujette à caution, c'est passé à la tv, suis un peu quoi- et surtout, Robert ressemble vachement plus à son voisin. Il ne manque que la têtine, mais un petit tatouage et le tour sera joué, dans quelque temps.
Bref, si d'aventure tu étais attaquée par la bébête, je te conseille la reconstruction immédiate (pense à la demander, ce n'est pas partout proposé), car tu n'auras pas à changer ta garde-robe, si tu portais des décolletés. Tu auras toujours un superbe "nid de roses pompon" et en maillot de bain, pas de cicatrice visible. Ensuite, il faut être patiente, le temps de te remettre émotionnellement - car même si tu pratiques l'autodérision, c'est une nouvelle image de toi qu'il te faut avaler- et finir le travail du point de vue esthétique (de toute manière, t'as pas le choix car ça se casse toujours la gueule après la reconstruction).
Vois comme l'espoir et la joie de vivre sont chevillés à mon petit corps beau, lecteur chou, car rien ne dit que il n'y aura pas une 3è rechute et son cortège de traitements de choc. Toute ta vie, à la même date, tu fouettes donc ta race au moment de la mammographie. C'est entêté, le c..., tu crois l'avoir vaincu et paf, il revient. Alors, l'esthétique du faux sein, tu me diras, hein, c'est pas primordial. Eh bien si, pour toi d'abord, pour te réconcilier un peu avec ta pomme, et pour ton chéri qui mérite bien un lolo ressemblant ou presque. D'ailleurs, entre chaque contrôle, il y a quand même moyen de profiter de la life. Non mais.
NB : j'envie l'hypocondriaque aux portes du tombeau. Avoir embêté le monde eu tellement raison toute sa vie justifie une épitaphe aussi soignée que celle d'Alphonse Allais : "quand je vous disais que j'allais pas bien".

